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L’HISTOIRE EN MARCHE
« 60 ANS AU SERVICE DE L’INSERTION DANS LA CITE ».
L’histoire de l’ARSEA se trouve étroitement mêlée à l’histoire de l’Alsace. Tout commence en 1945, alors que notre province, qui vient de connaître des heures difficiles, aspire à un monde meilleur, moins dur et avec plus de justice sociale. Dans le domaine socio-éducatif, tout ou presque est à inventer et à construire dans un grand élan caritatif alors que débutera bientôt la période des trente glorieuses.
L'histoire de l'ARSEA est le fruit du développement de l'association et de ses établissements et services. Elle est aussi le résultat de la volonté des hommes et des femmes, administrateurs et salariés qui ensemble ont réfléchi, construit, agi pour promouvoir une philosophie au service de la promotion des personnes. Enfin, elle résulte des importants partenariats, qui depuis la création, nous ont permis de développer, d'adapter, de diversifier les services rendus pour une qualité toujours accrue.
1945 - 1964 : naissance et croissance de l’ARSEA
1964 - 1985 : les années CREAI
1985 : retour à l'ARSEA
Dès la fin des hostilités, partout en France, des énergies se mobilisent pour chercher des réponses à la difficile situation d’enfants et de jeunes victimes de la guerre, déplacés, séparés de leurs parents ou orphelins, sans repère, en errance. Déjà en 1942, des voix s’élèvent en faveur des jeunes incarcérés pour vagabondage et/ou délinquance, principalement liés au marché noir, qui se trouvaient mélés aux adultes dans des prisons surpeuplées. Des personnalités d’origine diverse : magistrature, cercles chrétiens, scoutisme, parmi lesquelles des Alsaciens repliés à Périgueux ou à Clermont-Ferrand avec l’Université de Strasbourg, réfléchissent et agissent ensemble pour apporter une aide aux jeunes en difficulté. C’est ainsi que seront créés des centres d’accueil pour les mineurs traduits en justice et débattus les fondements de ce que seront, à la Libération, les orientation en faveur de l’enfance et de la jeunesse.
L’élan de l’action sociale est donné dès 1945 dans une Alsace alors déchirée par les drames de l’occupation, de la séparation de nombreuses familles, de la déportation et du sort des « Malgré nous ». Mais il en faudrait plus pour arrêter les pionniers de l’ARSEA, tout à leur vision d’avenir et à leur volonté de reconstruction. Par ailleurs les scouts se mobilisent, préfigurant la formation des Jeunes Equipes d’Education Populaire tournées vers la prévention spécialisée.
Le gouvernement provisoire met en place un Comité Interministériel de coordination des services assurant la protection des mineurs en danger moral, déficients ou délinquants et victimes de guerre, institué le 2 octobre 1946 par les Ministres de la Santé Publique, de la Justice, de l'Éducation Nationale et de la Population.
Partout en France, se créent des services de sauvegarde de l’enfance et de l’adolescence à qui sont confiée une mission d’aide technique pour le développement des équipements et services pour inadaptés sociaux, puis handicapés. On se trouve devant une situation assez ambiguë où des associations de droit privé sont chargées de mettre en oeuvre une politique publique, ce que reflète la composition du Conseil d’Administration où siègent, à côté de personnes privées, des représentants ès qualités, des représentants des pouvoirs publics comme le Recteur de l’Académie, le Directeur de la Santé, le Directeur de la population, les magistrats de l’enfance. Nous sommes en effet dans une époque exceptionnelle de la reconstruction qui permet de fédérer les énergies autour d’une volonté commune et de la mise en application de la politique volontariste de l’Etat.
L’Association Régionale de Sauvegarde de l’Enfance et de l’Adolescence, ARSEA, est créée le 6 mars 1946 à l’initiative de M. Schreyeck, elle est présidée par le Dr. Cayet Elle regroupe les trois départements qui, depuis le traité de Francfort, connaissent le même sort : la Moselle, le Bas-Rhin et le Haut-Rhin. L’Association gardera cette configuration jusqu’en 1964, date à laquelle, à la suite d’une décision politique et administrative faisant fi d’une longue vie commune, l’Alsace se trouve séparée de la Moselle.
La situation en Alsace-Moselle est particulière, marquée par l’héritage du passé, le maintien du Concordat et de la législation de droit local donnant plus de pouvoir et de responsabilité aux Associations. La majorité des établissements est de nature confessionnelle et affiliée, selon leur appartenance, à l’une des trois fédérations : Fédération diocésaine des oeuvres sociales et catholiques pour le diocèse de Strasbourg (Haut-Rhin et Bas-Rhin) ; Fédération des oeuvres protestantes (Moselle et Alsace) ; Fédération des oeuvres israélites (Haut-Rhin et Bas-Rhin)
L’ARSEA n’est pas une association confessionnelle, mais elle s’est toujours considérée comme humaniste et en a apporté la preuve dans la définition de ses orientations.
Créer des structures permettant de planifier le traitement et l'éducation d'enfants et d’adolescents inadaptés et en danger moral avec des lieux d'accueil et d'observation, ayant pour mission d'assurer, à partir d'un diagnostic complet des jeunes accueillis, leur orientation.
Spécialiser l'activité des établissements existant en distinguant les missions en fonction des publics : les enfants caractériels ou avec des troubles du comportement ; les enfants avec retard psychomoteur ; les enfants avec des affections psychiatriques.
Ces orientations imposent un important travail d’organisation en marquant bien la place de chaque établissement et en procédant aux transformations nécessaires. La préoccupation de former un personnel de qualité et compétent, au départ d’un niveau équivalent au baccalauréat, conduit en 1954 le Dr. Cayet à créer à Strasbourg une Ecole d’Educateurs, unique pour la région, et rassemblant les trois fédérations confessionnelles ainsi que l’Université de Strasbourg, assurant par convention l’enseignement. Le premier Président du Conseil Technique de l’Ecole est le Doyen Callot de la Faculté de Médecine. En 1961, Marc Ehrhard en devient le directeur. La même année, à la demande du Comité Mosellan, s’ouvrent deux antennes, l’une à Metz qui deviendra l’IRTS et l’autre à Nancy.
La Moselle occupe rapidement une place à part au sein de l'ARSEA. D'une part, la grande majorité des établissements relève des oeuvres catholiques. D'autre part, il existe un certain particularisme de cette région d’industrie lourde, économiquement riche mais fragile dans ses structures, « géant aux pieds d’argile ». Il s’y ajoute la crainte de n’avoir que les miettes de l’argent public transitant par Strasbourg. Ainsi, se constitue un groupe informel qui devient en 1950 le Comité Mosellan de l'Enfance et de l'Adolescence, présidé par Monsieur Jacques Weber et affilié à l'ARSEA. Le Dr Cayet, mosellan d'origine, parviendra pendant 14 ans à maintenir l'unité.
Le secrétaire général du Comité Mosellan sera Marc Ehrhard, qui assurait jusqu'alors la direction du Centre d'Accueil, d'Observation et de Triage de Lorry-Les-Metz. Pendant plusieurs années, il parcourt le département pour aider les établissements à se spécialiser, à entreprendre les travaux nécessaires de rénovation et à conduire des actions de modernisation. Elles se traduisent par la transformation d'établissements accueillant sur site jusqu'à 200 enfants en des groupes plus réduits de 50, de 20 puis de 15 jeunes, grâce à la mise en oeuvre de plan d’équipement financé par l’Etat et la Sécurité Sociale.
En 1964, alors qu'une réforme des statuts transforme l'ARSEA, le Comité Mosellan est rattaché à la Lorraine où il deviendra une association départementale puissante. Ce départ constituera une perte importante pour l'ARSEA, la Moselle apportant son dynamisme là où l'Alsace semble freinée par des lourdeurs institutionnelles. Progressivement, les tensions entre l'Alsace et la Moselle font place à des frictions entre le Haut-Rhin et le Bas-Rhin. Il faudra toute la volonté et la diplomatie du Président et du Secrétaire Général pour conserver à l'association une dimension régionale qui en fait la force et la richesse.
Le bilan des 10 premières années d'existence s’avère largement positif. A travers son action, l'ARSEA a contribué à faire évoluer les pratiques éducatives et les modes d'intervention, à changer le regard porté sur les enfants et les jeunes accueillis. Elle a par ailleurs rempli sa mission en favorisant l'émergence et la consolidation d'un secteur permettant des actions cohérentes et variées, de l'observation à la prise en charge. Grâce à l'activité déployée par Mr Schreyeck et l'équipe qui peu à peu se constitue, des établissements et services sont créés, d'autres évoluent, soutenus dans leur transformation par l'ARSEA. Les techniques de milieu ouvert commencent à se développer, les foyers de semi-liberté élaborent des lignes directrices... Le bilan fait cependant ressortir des ombres et des lacunes, dans des domaines qui constitueront les objectifs des années à venir : la prise en compte de la prévention ; l'utilisation de l'équipement existant ; le recrutement, la formation, la promotion des éducateurs ; la coordination de tous les services et de toutes les oeuvres intéressées par l'action en faveur de l'enfance et de l'adolescence inadaptée.
Dans les années 1960, le Ministère de la Santé Publique et de la Population souhaite généraliser l’expérience jugée positive des ARSEA. L’arrêté du 22 janvier 1964 crée dans chaque région un Centre Régional pour l’Enfance et l’Adolescence Inadaptées (CREAI) et lui fixe trois missions :
C’est pour l’ARSEA l’officialisation de la mission qu’elle exerçait déjà dans la coordination et l’adaptation des établissements et services à l’évolution des besoins. Mais c’est aussi une ouverture à l’ensemble du milieu associatif puisque plusieurs de ses représentants élus siègent au Conseil d’Administration. Monsieur René OBERLE, Directeur du CREAI depuis 1975, grâce à sa capacité d’écoute et de dialogue, s’affirme comme un bon connaisseur et modérateur du monde socio-éducatif et Madame Huguette Nennig, Secrétaire Générale, met sa rigueur financière et sa grande responsabilité au service de la gestion des établissements. Mais l’un et l’autre travaillent en commun pour résoudre au mieux les difficultés qui ne manquent pas. Cette période est également marquée par l’ouverture des premiers externats pour enfants handicapés et l’autonomie des services de milieux ouverts créés dans le prolongement des centres d’hébergement éducatif.
Au fil des années, le CREAI se voit de mieux en mieux apprécié comme le lieu de concertation et de proposition où se retrouvent associations, responsables des administrations et experts. Le Président depuis 1977, le Professeur Jean-Georges Juif, en collaboration avec la Direction et le Conseil d’Administration, essaie de privilégier la dimension régionale et de développer le dialogue avec les politiques et les diverses collectivités. Mais au début des années 1980 le gouvernement décide d’engager une réforme des CREAI qui doivent cèder leur domaine de gestion et, par une circulaire interministérielle du 13 janvier 1984, se voient confiés « comme mission principale d’être des lieux de repérage et d’analyse des besoins et d’études des réponses à y apporter, des lieux de rencontre et de réflexion entre les élus, les représentants des forces sociales et ceux des administrations concernées, de fournir des analyses et des avis techniques aux décideurs ainsi qu’aux gestionnaires des établissements et services. »
En application des décisions ministérielles, l’Assemblée Générale, en 1985, renonce à l’agrément spécifique de CREAI et décide de reprendre toutes les activités de gestion à l’intérieur d’une association unique qui reprend le sigle ARSEA, Association Régionale Spécialisée d’Action Sociale, d’Education et d’Animation. En outre, conformément à ses statuts, elle continuera à oeuvrer dans le secteur socio-éducatif dans les domaines de la prévention, de l’éducation, de la recherche et de l’innovation. Il importe de souligner qu’à cette occasion s’est manifestée l’opinion unanime de tous les établissements et services de demeurer ensemble. Cette séparation a été vécue par quelques uns avec une certaine tristesse mais l’avenir a bien montré que cette décision était justifiée. De son côté le CREAI qui conserve l’Ecole d’Educateurs Spécialisés, peut se consacrer plus complètement à ses nouvelles fonctions avec en particulier la création d’un Observatoire Régional du Handicap et de l’Inadaptation. Après la séparation, le Professeur J.G. Juif continue à présider les deux associations.
Les années ARSEA sont marquées par l'amélioration de la qualité de l'offre de service à travers :
L'association poursuit trois objectifs, mis en oeuvre par son action et celle des établissements et services :